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Liste des hébergés de Vic-sur-Cère |
C'est au cours du mois de mai 1942 que l'Abbé Glasberg des Amitiés Chrétiennes sollicite le Préfet du Cantal pour la création d'un centre d'accueil dans son département. Sa démarche est la même que celle qui a présidé à la création du centre d'accueil de Chansaye : Qui sont les hébergés ?Les jeunes filles qui arrivent à Vic-sur-Cère en ce mois de juillet 1942 sont pour certaines libérées des camps de concentration du Sud de la France. C'est le cas des étrangères, dont la libération a été autorisée suite à la décision de la commission de criblage. Le processus est le suivant : les assistantes sociales attachées à cette commission identifient les enfants qui n'ont plus de parents en France, et que l'on considère donc comme abandonnés. Ce statut d'enfant abandonné permet d'envisager leur accueil dans un centre comme celui de Vic-sur-Cère. Que faut-il entendre par "plus de parents" ? Cela signifie que les parents ont été déportés. Dans le cas contraire, les Amitiés Chrétiennes, qui ne peuvent obtenir la libération des parents internés, encouragent ces derniers à leur confier l'autorité parentale. Ainsi, les enfants sont considérés comme abandonnés quand bien même nombreux sont celles et ceux qui ont encore au moins leur maman au camp. ![]() Susanne Pollak dans le bras d'une pensionnaire de Vic-sur-Cère vers 1943Collection Susanne Pollak dorot association d'histoire
L'organisation du centre d'accueilIl semblerait que dès sa création, l'Abbé Glasberg ait proposé que le centre soit confié à une direction française et aryenne. Pourtant, la première directrice qui arrive à Vic-sur-Cère sort du camp d'Agde où elle a été internée en tant que juive. Henriette Malkin est rejointe par son mari, Isaac, le 28 septembre 1942. Il est polonais, juif, et se présente comme préparateur en pharmacie, mais il semblerait qu'il soit médecin, et donc dans l'interdiction d'exercer sa profession du fait de sa religion et des mesures discriminatoires prises par le gouvernement de Vichy.Henriette Malkin est assistée d'une institutrice privée, "chargée de l'enseignement, de l'éducation et la formation morale des hébergées". Comme dans les autres centres d'accueil de l'Amitié Chrétienne, les travaux matériels, tels le nettoyage, l'entretien, la cuisine sont assurés par les hébergés. Enfin un médecin, le docteur Delort s'occupe de la santé des enfants. Il explique : "une fiche médicale est établie pour chacun des enfants à l'arrivée, un contrôle mensuel des pesées et mesures est effectué et à la moindre affection je suis immédiatement convoqué" Selon le témoignage de Paul Niedermann, Miron Zlatin replié avec d'autres cadres de l'OSE de la région de Montpellier assure l'intendance du centre à partir de novembre 1942. En janvier 1943 une fiche du service du personnel de l'OSE mentionne son adresse : 6 rue de la gare, il s'agit de l'adresse du centre d'accueil. Au printemps 1943 Miron , Paul et Theo Reis quittent Vic-sur-Cère pour Izieu. La vie à Vic-sur-Cère.Nous disposons de très peu de témoignages sur la vie à Vic-sur-Cère. Selon les souvenirs d'Hélène Turner, "A Vic, au Touring-Hôtel, on était bien. On avait un lit, on mangeait à une table. On avait retrouvé un semblant de vie normale. "Le docteur Delort donne quelques éléments : Les enfants qui arrivent au centre sont la plupart du temps démunis de tout. Ils dorment dans des chambres communes, à trois pour les plus grands, à quatre pour les plus petits. Parfois les frères et sœurs sont couchés dans le même lit. Si la plupart des lits sont munis de matelas, une vingtaine de paillasses faites de toiles de jute remplies de paille ont dû être ajoutées pour coucher tous les enfants. Mais les quantités de paille sont insuffisantes et le docteur déplore que les demandes d'allocations supplémentaires de paille aient toujours essuyé un refus de la part de la Mairie de Vic-sur-Cère ou de l'intendance. Les couvertures sont défraîchies et les draps ne peuvent être maintenus dans un état de propreté parfaite compte tenu du manque de savon. Quant au chauffage, les pièces chauffées en permanence en hiver sont le réfectoire, la salle d'études et l'infirmerie. "Dans la mesure du possible les chambres sont chauffées une sur deux (porte de communication ouverte)." Cependant, il est clair "que la quantité de charbon allouée à cette intention ne […] permet pas de chauffer davantage" et est même nettement insuffisante. Si en l'absence de témoignage, on ne connaît pas la vie quotidienne des enfants à Vic-sur-Cère on en sait davantage sur l'accueil qu'ils ont reçu de la part de la population locale : "Les occupants du centre ne doivent pas leur survie à une complicité bienveillante de la population qui, si elle ne se livre pas à la délation, est dans son ensemble plutôt indifférente sinon hostile à la présence des jeunes Juifs". Quel accueil par la population de Vic-sur-Cère?Vic-sur-Cère est une station thermale qui doit sa prospérité aux nombreux touristes et curistes qui fréquentent la station durant les mois d'été. Avec l'entrée en guerre, puis la défaite, les hôtels et meublés restent vacants. Bien sûr, des réfugiés sont venus s'y installer, puis sont repartis dans la mesure où ils pouvaient regagner leur domicile d'avant guerre. Puis sont venus d'autres réfugiés.Dès août 1941, un centre d'accueil pour réfugiés polonais est ouvert pour la Croix-Rouge polonaise, qui n'a rien à voir avec les Amitiés Chrétiennes. Installé dans l'hôtel Le Manoir, il est destiné à loger quatre-vingt-cinq personnes, essentiellement des femmes et des enfants. Une enquête des renseignements généraux nous en apprend un peu plus : "Les hébergés du centre d'accueil Polonais de Vic-sur-Cère sont d'anciens officiers de l'armée polonaise vivant avec leur famille, des fonctionnaires polonais et des membres isolés de militaires polonais". Plus loin, on lit : "Ces familles paraissent issues de milieux cultivés. Elles sont toutes de bonne éducation et ont appartenu, en partie, à l'aristocratie polonaise. Aucun de ces Polonais n'est de race juive". Parallèlement, des juifs français et étrangers son venus se réfugiés à Vic-sur-Cère ou ont été assignés à résidence dans la commune. Ainsi, selon Gilles Lévy, "au recensement du 15 mars 1943, le département du Cantal comprenait deux cent-quarante-sept juifs français et deux cent-quarante-huit étrangers, soit au total quatre cent-quatre-vingt-quinze". Cette présence étrangère n'est pas sans provoquer le mécontentement des habitants de Vic-sur-Cère qui accusent ces étrangers de se livrer au marché noir, de n'être que des oisifs. Le Maire, monsieur Bonnet, déplore de ne jamais avoir été consulté à propos de cet établissement qu'il considère de "réputation lamentable" . Leurs plaintes reçoivent un écho auprès de la préfecture qui fait effectuer une enquête par les Renseignements Généraux dont l'inspecteur Gillet rend compte le 25 novembre 1942. A propos du centre des Amitiés Chrétiennes, il déclare que les enfants hébergés sont "sans situation de fortune pour la plupart, ils sont vêtus plutôt pauvrement et seraient même loin d'avoir le nécessaire indispensable" et "ils n'ont pas la possibilité ni les moyens de se livrer au marché noir". Selon lui, "de l'ensemble des renseignements recueillis, il ressort que le mécontentement de la population de Vic-sur-Cère n'est pas tant provoqué par le centre d'accueil de la jeunesse juive que par la présence de nombreux juifs qui viennent sans cesse s'installer dans le village. D'autant plus que la plupart de ces derniers ont des possibilités pécuniaires qui leur permettent d'acheter au marché noir différentes denrées alimentaires et de louer des appartements bien au-dessus du cours normal. Ils sont pour la plupart sans profession et leur attitude générale tant vis-à-vis du gouvernement qu'envers les habitants du village ne serait pas toujours correcte." Il conclut que l'affluence sans cesse accrue "dans la localité de juifs qui occupent la plus grande partie des hôtels serait fort préjudiciable à l'industrie et au commerce de Vic-sur-Cère, en tant que station climatique, thermale et touristique."Il ajoute qu'"il serait bon d'y mettre un terme car l'afflux de Juifs sur le territoire de la commune provoque […] un mécontentement général de la partie saine de la population." Il n'est pas rare que les rapports des inspecteurs abondent dans le sens de l'opinion publique dont on craint les manifestations. L'antisémitisme de l'inspecteur n'est plus à prouver. "La partie saine de la population" parle pour lui. Cependant, en ce qui concerne le centre, l'inspecteur ne peut rien reprocher, sinon de constater que la direction devait être assurée par un couple français et aryen. Or, Madame Malkin est juive et son mari est juif polonais. Dans ces circonstances, l'Abbé Glasberg se veut rassurant. Dans une lettre datée du 12 décembre 1942, il explique que Madame Malkin a été nommée uniquement à titre provisoire et que cette situation a duré car il ne trouve pas de personne vraiment qualifiée et prête à accepter ce poste. Cependant, il ajoute qu'il compte se rendre lui-même dans le courant de ce mois de décembre pour installer une nouvelle directrice et "remettre de l'ordre dans la maison". En réalité, la nouvelle directrice Suzanne Jacquet est déjà arrivée en compagnie des enfants qui étaient logés dans le centre d'accueil de Marseille, qui a été réquisitionné par les Allemands depuis qu'ils ont envahi la zone libre le 11 novembre 1942. Enfin, l'abbé Glasberg fait apposer un règlement intérieur qui doit être affiché dans chaque chambre. Ce règlement rappelle un certain nombre d'interdits et la menace du renvoi immédiat au camp de Gurs est écrite noir sur blanc. Plus rien ne peut être reproché au centre. Un an plus tard, une délégation de la jeunesse vient inspecter le centre : si les enfants ne peuvent être incriminés de marché noir ou d'attitude oisive, l'attaque vient du côté de l'entretien du centre d'accueil. Lorsque le délégué-commissaire régional adjoint à la délégation du Cantal du secrétariat à la jeunesse se rend au centre, Suzanne Jacquet revient d'une absence d'une vingtaine de jours et a subi une intervention chirurgicale. En son absence, le centre s'est désorganisé. Dans un rapport rédigé le 3 février 1944 , le délégué écrit : "Si nous n'avons pas à considérer la race de ces jeunes de nationalités diverses, il est malgré tout indispensable d'exiger de ce centre une hygiène et un confort élémentaire". Il reproche que les draps soient souillés et "certainement lavés très rarement", que les chambres ne soient pas suffisamment chauffées, que "des enfants de2 à 24 ans, sans distinction de sexe" vivent ensemble. Il s'attaque à l'encadrement et met en doute la « formation morale » de ces jeunes, assurées paraît-il par trois « cheftaines » qu'il dit ne pas avoir pu rencontrer. Il ajoute que "les plus petits vont à l'école tout à fait irrégulièrement ; la plupart du reste parlant à peine le français". Il considère qu'"une telle malpropreté est scandaleuse pour une collectivité. […] Il est absolument inadmissible de laisser fonctionner un établissement, fût-il occupé par des Israélites, dans des conditions aussi déplorables". Il affirme que si rien n'est fait pour améliorer la situation, "nous pourrions envisager le pire à tous points de vue". Il fait référence à des épidémies dont il s'étonne qu'il n'y ait pas eu d'épisodes signalés par aucun médecin. Au final, il suggère qu'en l'absence d'amélioration, le centre soit fermé. Les Amitiés Chrétiennes réagissent. Le 20 avril, le docteur Delort s'adresse au Préfet du Cantal pour démonter point par point les attaques. S'il concède qu'un laisser-aller a pu se remarquer, il concorde avec la maladie de la directrice qui a dû s'absenter. Depuis son retour, "le centre fonctionne d'une façon normale" et il ajoute "il serait à souhaiter cependant, que pour parer à tous ces inconvénients le centre reçoive des attributions plus considérables de combustibles, de savon et de paille". Le lendemain, l'inspecteur général de l'Amitié Chrétienne écrit également au préfet. Il reprend chacun des points litigieux et présente en regard les améliorations qui ont été apportées. Pour témoigner de leur bonne volonté, il informe le préfet que le personnel qui s'était montré négligent en l'absence de la directrice a été remplacé, une cheftaine supplémentaire a été engagée et qu'il a "prescrit quelques mesures pour renforcer la surveillance des enfants". Il affirme au Préfet du Cantal que du fait de ces mesures, le centre "sera à l'abri de toute critique". Pendant toute la durée de la guerre, les enfants hébergés à l'hôtel Touring restent à l'abri des arrestations. Pourtant, le centre d'accueil est connu des Renseignements Généraux, certainement des autorités allemande, assurément de la milice dont le responsable départemental réside à Vic-sur-Cère. Certains affirment que cette maison ait bénéficié de la protection de la secrétaire de mairie et du Préfet du Cantal . Il reste à le démontrer, documents d'archives à l'appui. |
Nous étions indésirables, en France une enquête familiale Règlement intérieur du centre d'accueil:(À afficher dans chaque chambre)
Sources Eggers Christian, L'internement sous toutes ses formes : approche d'une vue d'ensemble du système d'internement dans la zone de Vichy. Le Monde juif, 1995, n° 153, p. 7-75.
AD Cantal : 1 W 213. Lettre de l'inspecteur général de l'Amitié Chrétienne, 21 avril 1944. Bulletin n° 15 de l’association Les Enfants Cachés, juin 1996, pp 6-9 d'après MARTRES Eugène, Le Cantal 1939-1945. Edition De Borée, 2004, pp. 64-65. AD Cantal : 2 SC 5093 AD Cantal : 1 W 213. Rapport du -commissaire régional adjoint à la délégation du Cantal au secrétariat à la jeunesse 3 février 1944. AD Cantal : 1 W 213. Rapport du 25 novembre 1942. AD Cantal : 1 W 213. Lettre de l'Abbé Glasberg du 12 décembre 1942. AD Cantal : 1 W 213. Rapport du -commissaire régional adjoint à la délégation du Cantal au secrétariat à la jeunesse 3 février 1944.
![]() Paul Niedermann, Miron Zlatin et Théo Reis 1943 devant le Touring Hotel Fonds Paul Niedermann - Archives Nationales
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