|
|
Ici commence quatre années d’instruction judiciaire. Le 11 mai 1987, finalement s’ouvre à Lyon le procès Barbie. Quelques jours avant le début de ce procès, un comité de presse est formé à l’initiative du cardinal Decourtray. Le but est de collecter chaque jour, durant les huit semaines du procès, une revue de presse, à l’usage des différents acteurs de ce moment judiciaire historique. Plus de 2000 articles ont été réunis après le procès dans une anthologie réalisée par Paul Gauthier. A l’occasion du 20ème anniversaire de ce procès, Dorot se propose, chaque semaine pendant huit semaines, de publier ici un article tiré des Chronique du procès Barbie, éditions du Cerf, 1988. Justice Notre objectif ici n’est pas de retranscrire les huit heures de lecture des chefs d’accusation dressés contre « le boucher de Lyon », le but n’est pas non plus de faire un portrait du SS, ni un récit des atrocités commises par lui. Dorot n’a pas non plus l’intention ni la prétention de dire encore à quel point la justice française avait et a toujours besoin de ce procès ; pour la mémoire, pour les victimes. Nombreux sont les penseurs, les magistrats, les témoins directs et indirects, qui se sont livrés à cette tâche et nous serons plus qu’heureux de mettre à disposition chaque semaine une bibliographie relative aux sujets abordés durant le procès. Elie Wiesel commenta l’enjeu fondamental de la justice : « L’ennemi tue deux fois, la seconde en essayant d’effacer les traces de son crime » Nous ne nous plaçons que dans la continuité de ce mouvement, en transmettant à notre tour l’information dans son contexte historique. L’accusé a tenté pendant 30 ans d’échapper à ses crimes, la défense a tenté pendant huit semaines d’effacer les traces de ces crimes. Cet anniversaire est l’occasion pour nous de rendre hommage à tous ceux qui ont brisé le silence et levé le voile, à tous ceux qui se sont constitués partie civile et à tous les magistrats et avocats qui ont travaillé pour que justice soit rendue. Silence Le silence, c’est avant tout celui des victimes, ceux dont l’absence est pour nous l’indiscutable preuve de leur existence. C’est ce même silence qui permit à Hans Jonas* de faire la paix avec Dieu, et permit à de nombreux juifs de sortir de l’idée d’un Dieu qui les abandonna à Auschwitz, pour se rapprocher encore plus de l’essence du concept de Dieu. Cette thèse soutient l’argument que la « non-intervention » de Dieu durant Le silence c’est aussi celui de l’accusé, d’Altmann qui quatre ans après son aveu d’avoir « été Barbie en temps de guerre », tente encore de se faire passer pour un autre. Après cette tentative, on ne l’entendra pratiquement plus durant les deux premiers jours du procès, où pendant huit heures le Président Cerdini lit les chefs d’accusation, temps pendant lequel Maître Vergès, avocat de l’accusé, tente d’étouffer le procès dans l’œuf, arguant que les procès de 1952 et 1954, où Barbie fut condamné à la peine de mort par contumace avait déjà statué sur tous ces chefs d’accusation et donc, que la loi de la prescription entrait en vigueur et qu’il fallait dès lors relâcher son client. Maître Vergès fut débouté, le crime contre l’humanité échappe à la préscription. Le silence se fait encore plus lourd, lorsque le 13 mai 1987, après que le Président Cerdini ait achevé l’interrogatoire de personnalité de Klaus Barbie, celui-ci demande à la cour la permission de faire une déclaration dans laquelle il se considère comme « un otage et non comme un détenu » de la justice française et qu’il refuse désormais de comparaître devant la cour d’assises du Rhône. Il demande qu’on le renvoie dans sa cellule à la prison St Joseph. Parole Après cette déclaration de Barbie, c’est le Procureur Général Pierre Truche qui prend la parole, pour remettre les points sur les i. « Il y a plusieurs façon d’interroger un accusé. Il y a celles qui avaient cours dans cette ville il y a quarante ans. Celui qui y était soumis n’avait pas le choix. Pour l’honneur de la justice française on lui a donné (à Barbie) la possibilité de s’expliquer complètement devant les jurés qui n’ont pas l’âge d’avoir vécu ces évènements. Maintenant comme toujours, c’est « Herr Nein » (Monsieur non) qui est en face de nous. Barbie est un nom dur à porter, proche de barbare. Il n’accepte pas de faire face. Mais il en a aussi le droit. Finalement c’est lui qui une fois de plus se dérobe. Aujourd’hui il est un Barbie et un nazi honteux qui n’ose même pas se pencher sur son passé et s’expliquer ».La parole c’est celle de Barbie contre celles des personnes constitués en parties civiles, des témoins venus exprimer l’inexprimable. Les paroles sont surtout celles du Président de la cour et de l’avocat général qui exposent en détails, durant les deux derniers jours de cette première semaine, les chefs d’accusations retenus contre un Barbie absent, commanditaire direct de la rafle des enfants d’Izieu et des locaux de l’UGIF à Lyon… Suite lundi 21 mai. |
